Emeline et Adalbert 08
Posted in Oulibouf on January 10th, 2012 by gerard – Comments OffVoilà que Raimondo nous offre de débuter l’année sans Viagra, ni amidon, ni baleine! Merci l’ami!
VIII
Adalbert Flavien Gaétan de Coucy se mit dans une folle colère quand il apprit le refus d’Albine de passer la nuit avec lui. Il ne pouvait admettre qu’une fille d’aussi basse extraction, puisse décliner un tel honneur. Son écuyer Renaud cacha les raisons profondes de cette attitude ; il se proposa de trouver parmi les femmes vivant au palais, une candidates jeune et jolie qui puisse transformer sa nuit en un moment de délice. Mais le Grand Vizir Conium s’approcha de son nouveau maître, l’assurant de toute sa sollicitude, de son entier dévouement ; dans l’immédiat, il lui garantissait la venue d’une perle rare dont il n’aurait qu’à se louer.
- Voilà qui est parfait. Quand à toi, mon fidèle écuyer, je te charge d’aller quérir mon épouse bien aimée, restée dans le royaume de France, afin qu’elle puisse bénéficier ici de son titre de vice reine.
Renaud savait déjà qu’il profiterait de cette occasion pour rejoindre son Albine.
De son côté, Aïcha semblait vouloir choisir une vie de luxe auprès d’Ali qui lui avait montré les trésors amassés dans ses cavernes : perles et pierres fines, tissus chamarrés, vaisselles en métaux précieux, meubles en bois précieux, important magot soigneusement à l’abri en des lieux, accessibles à lui seul à l’aide d’une clé pendant au bout d’un collier en métal précieux. Il y avait là de quoi s’assurer une vie exempte de soucis durant de longues années.
Et un soir, tout bascula ; ce jour là, Aïcha n’était pas en mesure de répondre aux sollicitations érotiques d’Ali, la nature lui ayant apporté ces ennuis passagers que toutes les femmes connaissent. Elle s’en ouvrit à son amant qui ne tenait pas à se voir privé de son petit bienfait quotidien. Dès lors, il se conduisit d’immonde façon la bousculant sur le lit et découvrant ces rondeurs fessières qui le fascinaient. Jamais Aïcha n’avait osé cette caresse particulière ; l’idée ne la répugnait pas à priori, mais elle attendait la venue d’un soupirant délicat plein de prévenance et de tendresse pour tenter l’expérience. Ce ne fut pas le cas ce soir là : Ali se conduisit comme un soudard, comme un être dénué de délicatesse, sans aucun égard dans sa façon d’agir. Aïcha serra les dents, essuya une furtive larme, mais décida que sa vengeance serait à la hauteur du forfait.
Dès le lendemain, elle entreprit de poursuivre son voyage, laissant espérer à Ali qu’elle lui préparerait, au palais du Sultan Bourrin, toutes les conditions pour réaliser le larcin le plus phénoménal qui soit, le pillage du siècle, en quelque sorte. Une fois de plus, cette nouvelle laissa Ali, baba.
Donc, Aïcha préparait sa vengeance.
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* *
De son côté Emeline réfléchissait à la façon de tirer Florian, de l’impasse dans laquelle il s’était fourvoyé. De toute évidence les études de médecine ne lui apportaient aucun attrait, mais que pouvait-elle lui conseiller pour orienter sa vie, et surtout dans l’immédiat, pour le libérer de ses dettes ?
C’est alors que le destin vint jouer les redresseurs de torts. Un soir, la maison en bordure de la ville, eut la visite d’un moine, un homme de haute taille à la longue barbe fleurie, revêtu de la sombre robe de bure des franciscains. La tenancière s’étonna de la présence en ce lieu de cet homme d’Eglise. Elle comprit qu’il n’était pas un client ordinaire lorsqu’il demanda sur un ton ne supportant aucune réplique à s’entretenir avec Florian ; ce dernier était pour l’heure en compagnie d’Emeline et certainement dans une tenue peu respectueuse pour les yeux du saint homme ; la femme hésita à l’y conduire et même s’interposa en tentant de lui barrer le passage.
- Arrière pècheresse ! ôte-toi de mon chemin, pourvoyeuse de l’Enfer, je n’ai nul besoin de toi pour trouver ce suppôt de Satan.
Et de fait après avoir inspecté quelques chambres, et troublé la quiétude de couples en galante action, il trouva les deux cousins dans l’acrobatique position de la rose feuillue. Son sang ne fit qu’un seul tour, mais son ire décupla: à l’aide du cordon lui servant de ceinture qu’il replia plusieurs fois, il se mit à fouetter ces corps nus avec une vigueur peu commune, sans se soucier de leurs cris de douleur, cris qui alertèrent maints curieux, arrivés de toute part dans des tenues plus ou moins présentables. Négligeant ces curieux, sur lesquels il aurait volontiers assouvi sa fureur vengeresse, il laissa tomber à l’égard de Florian son verdict, d’une voie caverneuse :
- Rhabillez-vous Monsieur et suivez-moi. Le Comte votre honorable père, informé de la vie dissolue que vous menez ici, m’a chargé de vous ramener dans votre Anjou natal pour y recevoir ses ordres.
Florian allait répliquer ; un magistral soufflet l’en empêcha.
- Fermam gueulum,
cria-t-il, reprenant la célèbre apostrophe de Jules César aux gaulois, à la célèbre bataille d’Alésia.
Puis se tournant vers Emeline, qui contemplait avec horreur, les traces rouges laissées par cette fustigation :
- Quant à vous Madame, que les flammes de l’Enfer brûlent éternellement ces chairs impures que vous octroyez à tout venant.
Avant de partir, Florian voulut donner à sa cousine un ultime baiser d’amour, mais la poigne du franciscain l’en empêcha et Emeline songea avec nostalgie qu’elle n’aurait certainement plus jamais l’occasion de le revoir ; avec lui, elle avait passé d’inoubliables moments, dont le souvenir lui faisait chaud au cœur (et non seulement au cœur), mémorables instants qu’elle ne regrettait pas, malgré les dernières imprécations du moine.
Dès le lendemain, elle prit le chemin du retour. Quelques mois plus tard elle retrouva son castel, mais, on le verra, les choses avaient bien changé.
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Au palais du sultan Bourrin, Aïcha et ses musiciennes avaient été fort bien reçues. Cette troupe de baladins allait renouveler les spectacles qui s’y déroulaient d’ordinaire et le sultan applaudit à cette heureuse nouveauté. Outre l’aspect festif, but de son voyage, Aïcha n’avait pas oublié, son désir de vengeance ; elle élabora un projet destiné à châtier l’odieux et Tamère fut chargé de l’exécuter. Or, parmi les musiciennes du groupe, il y avait là une jeune femme, Shéhérazade, une joueuse de luth très réservée, mais dont les avis étaient toujours appréciés et les jugements emprunts de sagesse. Informée des projets d’Aïcha, elle se proposa d’accompagner Tamère, laissant entendre à demi mot, qu’elle pouvait lui apporter une aide efficace. Aïcha ne négligea pas cette offre, bien au contraire, persuadée qu’elle avait trouvé en Shéhérazade, dont elle avait par ailleurs remarqué le bon sens, une alliée de poids. Elle leur souhaita bon voyage, permettant à Tamère, une tendre incursion sur ses seins, sous le regard complice de Shéhérazade.
Ces envoyés de la vengeance accomplirent leur tâche avec le zèle qui convient et toute la réussite voulue. Quelques semaines plus tard, le devoir accompli, ils s’en revinrent auprès d’Aïcha et lui remirent un coffret en bois de santal paré de ciselures d’or…
Raimondo (à suivre)






