Au départ, Raimondo nous narre une tranche de vie:
HISTOIRE DE BIGNOLE
L’autre jour, allant voir mon ami Raimondo
J’ai trouvé à la loge un petit écriteau
Qui, pour que nul n’ignore, se devait d’informer :
Madame la concierge, est dans les escaliers.
Afin de la trouver je montai les étages
Où très certainement elle faisait le ménage.
Je découvris enfin au détour d’un palier
La concierge à genoux montrant un beau fessier
Moulé dans un Blue Jeans laissant bien ressortir
Deux rondeurs callipyges qui fouettaient mon désir.
J’aurais dû éviter ce que je fis alors
Et ne pas me conduire tel un affreux butor,
Caressant de mes mains ce divin postérieur
Dont j’étais devenu soudain l’admirateur.
La femme s’écria : « Quel est ce malotru
Qui subrepticement me pelote le cul ? »
Ce n’est que moi Madame, Adhémar est mon nom
Je suis venu ici voir mon ami Raimond
Qui se fait quelquefois appeler Raimondo
Lorsqu’il fait des poèmes comme les damoiseaux,
Qui dans le Moyen âge élégamment troussaient
Les lais les fabliaux et autres ysopets.
Mais alors Adhémar, si vous êtes un ami
De cet homme génial qui vit dans ce logis,
Je pardonne aisément ce beau geste amical
Qui ne m’étonne pas du tout d’un provençal ;
Et si vous le voulez, nous pourrions maintenant
Continuer ailleurs de délicieux instants.
Venez donc en ma loge où nous allons sceller
Les débuts prometteurs d’une belle amitié.
J’imaginais déjà les instants à venir
Qui seraient merveilleux et nous feraient frémir.
Ma libido bien sûr marchait à cent à l’heure,
Je songeais au moment où j’aurais le bonheur
De la déshabiller, et d’effleurer sa peau,
Et jouer avec elle un tendre boléro,
Qui du pianissimo irait jusqu’au forte
Nous amenant enfin à la félicité.
J’avais très grande hâte enfin de parvenir
En la loge ou pourrait s’exprimer mon désir.
Lorsque nous arrivâmes, la concierge appela,
Eugène son mari qui lors se trouvait là,
« Eugène lui dit-elle, je t’amène Adhémar
Qui va boire avec nous, un grand verre de Ricard. »
Raimondo 2010

Et Adhémar de compléter:
Adhémar s’indigna de cette manigance
Qui le laissait penaud et plein de méfiance,
Dépité, ahuri, malheureux, mal à l’aise
Et pour dire le mot : le cul entre deux chaises.
Mais ayant mieux maté le citoyen Eugène
Il ressentit soudain la fureur de ses gènes.
Ce garçon n’est pas mal, tudieu ! s’écria-t-il
Tout en lui empoignant brusquement le pistil.
Puis, l’ayant retourné, il lui mit sans manières
Un pan de soubressade au milieu du derrière.
La concierge, voyant la taille du mandrin
Cria qu’elle en voulait, et le prit à deux mains
Pour l’enfouir sans façon aux tréfonds de sa glotte
Et recueillir le suc de l’énorme carotte.
Adhémar repartit après quelques Ricards.
On l’appelle depuis « Monsieur Braque(adhé)mar » !
Adhémar 2010
Puis Gérard intervint pour tenter de synthétiser:
Je m’absente un moment pour une promenade,
Et les voilà partis pour plein de couillonnades.
Il suffit qu’un instant je porte ailleurs les yeux,
Que rigolent ensemble les deux petits vieux.
Oui, je le dis tout cru, ces presque cacochymes
Commencent à me tanner dur le parenchyme.
Car enfin, parlons net, recentrons le débat,
C’est de Bignole ici dont il est fait état.
De ce cuistre rougeaud, tout imbibé de gnole*,
Et ses cheveux carotte (car il est roux Bignole !),
Ce mari de concierge qui croit veiller au grain,
Alors que dans son dos… ou son arrière-train,
Adhémar et bibi dansons la sarabande.
Raimondo a fait pis, ne croyez pas qu’il glande,
Il se fait l’étudiante de l’entresol,
La veuve du premier, qui semble Dona Sol,
La mature dodue qui loge au deuxième,
La nymphomane maso qui est au troisième…
Et pas du bas-étage, de l’article de choix !
Car, à lui, la fortune toujours lui échoit.
Suis-je donc condamné à présenter mon cierge
Qu’à la gent pipelet, autrement dit « concierge » ?
Mes amis ! Je plaisante, c’est sûr ! Allons donc
Tremper nos céleris dans un peu d’amidon ;
Si ça ne suffit pas, ne perdons pas haleine,
A nos tétières molles, nous mettrons des baleines.
Et faisons fi d’ailleurs de tous ces avatars,
Car il est dit que demain il sera trop tard,
Dépéchons-nous les gars, profitons de la baise :
Ils déménagent bientôt pour Bignol-sur-Cèze !
Gérard 2010
* = Comme on dit à Marseille: « M’en bati (gnole)! »
Aussitôt Raimondo rebondit pour un mot de trop:
COUILLONNADES
Cher Gérard, je t’en prie, veille à faire attention
Aux mots que tu emploies lors de tes digressions,
Et surveiller ainsi ta façon de parler,
Surtout quand il s’agit de tes deux grands ainés.
Couillonnades dis-tu ! Mon Dieu ai-je bien ouï? ?
Sont-ce là des propos qualifiants nos écrits ?
O Gérard je t’en prie cesse donc d’insulter
Ces deux êtres promis à l’Immortalité.
Car moi je te le dis, et cela tôt ou tard,
Nos écrits rejoindront le Lagarde et Michard,
Oui, un jour sûrement tous les deux nous irons
Avec Alain Decaux et avec d’Ormesson ;
Là, je pourrais enfin de mes yeux admirer
De la grande Simone, le fastueux fessier
Moulé dans l’habit vert, qui, moi j’en suis certain
Attirera mes yeux et peut-être mes mains.
Couillonnades ! Est-ce là l’expression qui convient
Pour ces écrits pompeux dignes des parnassiens ?
Malgré tout, saches-le, nous sommes magnanimes
Et nous te pardonnons pour tes phrases assassines
Sachant bien qu’en ces jours tu dois te consacrer
A ces petits enfants que la vie t’a donnés,
Cela explique donc un mot bien malheureux
Ecrit comme on le voit, en des jours laborieux.
Il te faudra pourtant te faire pardonner
En mettant quelques sous pour payer nos épées…
Raimondo 2010